Afghanistan | Conférence internationale de Londres
29-01-2010
Réélu chef de l'Etat afghan en novembre dernier au terme d'une élection controversée, soutenu sans entrain par Washington, le président Hamid Karzaï est néanmoins sorti renforcé, jeudi soir, de la conférence de Londres sur l'Afghanistan.
Conférence qui réunissait près de septante pays (dont la Belgique, représentée par le chef de la diplomatie Steven Vanackere) et acteurs mondiaux concernés par le devenir de l'Afghanistan, qu'ils y aient envoyé des troupes ou qu'ils soient frontaliers du pays d'Asie centrale. Ne manquaient, autour de la table que le voisin iranien, qui boudait la réunion, et les insurgés talibans, pas conviés à la conférence.
Au terme de la journée, toutes les parties se sont rangées derrière la stratégie proposée par le président Karzaï. A savoir : tendre la main aux rebelles talibans, ou plus exactement, à ceux qui seraient les moins marqués idéologiquement. "Nous devons tendre la main à tous nos compatriotes, en particulier nos frères désabusés qui ne sont pas membres d'al Qaeda ou d'une autre organisation terroriste ”, a plaidé Hamid Karzaï.
L'argument a porté auprès des pays qui, les Etats-Unis et le Royaume-Uni au premier chef, se retrouvent embourbés dans un conflit entamé à l'automne 2001, après les attentats du 11 septembre. A plus forte raison que l'opinion publique des pays ayant déployé des troupes en Afghanistan supporte de plus en plus mal les pertes humaines encaissées par les alliés, ainsi que les bavures qui fauchent des civils.
Hamid Karzaï a ainsi invité les talibans à participer à un Loya Jirga (Grande assemblée) des anciens, qui aurait pour objectif de pacifier le pays. Et de prier l'Arabie saoudite et le Pakistan – qui avaient reconnu le régime taliban à l'époque où celui-ci détenait le pouvoir en Afghanistan – à mettre tout leur poids dans la balance en faveur du processus de paix. Les alliés n'ont pas l'intention de s'investir dans ce grand pow wow domestique. Mais comme le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ils jugent "que c'est toujours la solution d'une guerre que de parler avec ses ennemis”.
Pour faciliter la réintégration économique et sociale des futurs anciens ennemis, les participants ont promis de financer un programme doté, selon des sources diplomatiques allemandes, de 500 millions de dollars, dont 140 millions débloqués la première année, dixit le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband. L'aide au développement sera par ailleurs augmentée de 50 % dans les deux années à venir, et 1,6 milliard de dollars de dette extérieure seront effacés de l'ardoise afghane. On n'a rien sans rien : le président Karzaï doit s'engager résolument contre la corruption qui gangrène un pays producteur de drogues, les premiers efforts devant être évalués par une mission internationale dans les trois mois.
Cette tentative de réconciliation avec les talibans ne signifie pas pour autant que les alliés baissent la garde. Gordon Brown a déclaré que les alliés n'auraient "d'autre choix que de pourchasser militairement” les insurgés qui refusent de déposer les armes.
Et si la conférence a tracé la voie d'une transition vers une pleine souveraineté des Afghans sur leur territoire, ce n'est pas demain que les alliés quitteront le pays. Il a été convenu, en matière de sécurité, que soit transféré aux autorités afghanes le contrôle de certaines provinces fin 2010-début 2011, celui des zones instables "d'ici trois ans”, et celui de l'ensemble de l'Afghanistan, "d'ici cinq ans”, précise le communiqué final. A cette fin, les forces de sécurité afghanes seront portées à 300 000 hommes d'ici octobre.
Reste qu'il ne s'agit pas d'"une stratégie de sortie” des alliés, a précisé la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. En décembre, le président Obama a d'ailleurs prévu d'augmenter le contingent américain de 30 000 soldats, ce qui devrait porter la présence militaire des Etats-Unis à 135 000 hommes, auxquels s'ajoutent, notamment, près de 10 000 soldats britanniques, quelque 4 000 Allemands et presque autant de Français et 610 Belges.
Si l'on en croit la réaction des talibans, publiée sur un site Internet islamiste, la réconciliation n'est pas acquise : Si les "dirigeants bellicistes […] prennent la décision d'essayer encore de prolonger l'occupation militaire, économique, culturelle et politique de l'Afghanistan, cette conférence sera de la poudre aux yeux comme les précédentes conférences”, avertissent les talibans.
Toutefois, certains prêtent à leur chef, l'introuvable Mollah Omar, l'intention de se démarquer de la nébuleuse al Qaeda. Et selon l'agence Reuters, des chefs talibans auraient déjà eu des contacts secrets avec des émissaires des Nations unies à propos d'éventuelles initiatives de paix.
