Afghanistan Débat autour de cinq ministres belges

14-01-2010

Le Belge doit-il aider plus, mieux ou moins ?

Alors que se profile ce 28 janvier la conférence de Londres, où va l'Afghanistan et, singulièrement, à quoi y servent les efforts belges (626 militaires, 6 chasseurs-bombardiers, bientôt un magistrat ainsi que 3 à 4 policiers) ? Ainsi, s'insurge le député Dirk Van der Maelen (Sp.A.), comment défendre le déséquilibre de l'aide belge : 109 millions d'euros annuels pour l'aide militaire, contre 12 millions pour l'aide civile ?

« Impossible », persiste le député Wouter De Vriendt (Groen !), de savoir combien de morts civiles ont provoqué les tirs de F-16 belges. A ce propos, selon un rapport des Nations unies, 2.412 civils afghans ont été tués par la guerre en 2009, soit une hausse de 14 % par rapport à 2008 (la toute première cause de cette hécatombe – 44 % des décès – demeure les explosifs improvisés et attentats-suicides de l'insurrection, pas les avions de la coalition).
En regard, le ministre belge de la Défense Pieter De Crem livre ses propres indicateurs : une mortalité infantile réduite de 30 % depuis 2001, une population scolaire multipliée par six (dont un tiers de filles), l'accès direct aux soins de santé pour 80 % de la population (?), un produit intérieur brut doublé en cinq ans et quadruplé par tête d'habitant, ou encore la création de cinq chaînes de télévision indépendantes et de 290 journaux. Le jeu afghan n'en vaut-il pas la peine ?

Ainsi, tout l'après-midi de ce mercredi, en commissions de la Défense et des Relations extérieures de la Chambre, une guerre des chiffres et des slogans a opposé d'une part les députés socialistes, verts et le Vlaams Belang, et d'autre part cinq membres du gouvernement venus, malgré la crise en Haïti, défendre leurs efforts respectifs en Afghanistan, à savoir les ministres belges de la Défense, de la Coopération au développement, des Affaires étrangères, de l'Intérieur et de la Justice.

Un débat assez pauvre où ont été confondus humanitaire et militaire, antiterrorisme et contre-insurrection, faits et perceptions. En appelant à dépasser le stade de la caricature, le nouveau ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere (CD&V) a sobrement tiré son épingle du jeu, remarquant qu'il n'y avait pas dans les critiques de l'opposition « l'ombre d'une amorce d'un début d'alternative » à ce qui est accompli : « Je ne vais pas vous dire que tout se passe très bien. Mais le fait de ne pas atteindre nos objectifs ne doit pas vous empêcher de voir ce qui a fonctionné. » A l'instar du député Georges Dallemagne (CDH), Vanackere a disqualifié la comparaison entre aide militaire et civile : l'une est par nature plus coûteuse que l'autre, l'une sert l'autre.

Qu'a-t-on appris ? Peu, car les options belges ne seront mûries qu'après le sommet de Londres. Primo, avant d'être éventuellement augmentée, l'efficience de l'aide civile belge doit être évaluée, estime Charles Michel (MR), et il n'est en tout cas pas question de coopération technique belge en bilatéral en Afghanistan. Secundo, pas de renfort militaire conséquent en vue. Tertio, suivant une idée de Hilde Vautmans (Open VLD), les pays et parlements d'Europe devraient se concerter sur leur stratégie afghane. Une piste déjà explorée par la « coopération déléguée » qu'entrevoit le ministre Michel avec l'Allemagne.

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