Comme la Belgique, l’Union se cherche

01-07-2010

Éclairage

Ce n’est pas notre vision de dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, en Europe. Ce n’est pas du pessimisme mais de la lucidité", confessait, lundi, le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere. Petit état des lieux de ce qui ne tourne pas rond dans l’Union, au moment où la Belgique en prend la présidence pour six mois.

1 Tensions institutionnelles. Entré en vigueur le 1er décembre 2009, le traité de Lisbonne doit optimiser le fonctionnement de l’Europe. Sauf que pour l’heure, Lisbonne est surtout source de tensions entre les institutions. Premier exemple : sur les dossiers tels que le service diplomatique de l’Union, Swift ou la régulation financière, le Parlement européen, gonflé par son pouvoir accru de codécision, a donné du fil à retordre au Conseil, qui met du temps à intégrer les nouvelles règles du jeu. Le fait que le traité soit évasif sur certains points, ouvre également le champ à la polémique. Les uns y lisent un plaidoyer pour le renforcement de la méthode communautaire, les autres pour l’intergouvernementalisme. A mots de moins en moins couverts, on laisse entendre, à la Commission, que le Conseil européen et son président Herman Van Rompuy ont tendance à marcher sur les plates bandes de celui de l’exécutif européen, José Manuel Barroso. "Plus l’UE deviendra une organisation supranationale, plus on aura recours à l’intergouvernementalisme", prédit un commissaire. "Ce n’est pas parce qu’on représente un Etat qu’on n’a pas le sens de l’intérêt européen", rétorque-t-on au Juste Lipse, où l’on refuse de perdre son temps "en débats théologiques".

2 L’économie européenne groggy. L’Union sort, péniblement, de deux anni horribili, où se sont chevauchées crise financière, crise économique et crise de la zone euro. Cette dernière est partie de Grèce, Etat en périlleuse situation budgétaire, qu’il a fallu secourir. Puis stabiliser la zone euro, contaminée par le malade grec, via un mécanisme de sauvetage de 750 milliards d’euros prêts à l’emploi au cas où Ces opérations ont été menées dans le plus pur style football panique. "Lisbonne n’a pas empêché grand-chose", commente un diplomate. "On s’est rendu compte que l’Union n’avait pas d’outils pour faire face à cette crise. On a dû inventer des instruments." La leçon a, semble-t-il, été retenue. Les Vingt-sept ont ouvert le vaste chantier de la gouvernance économique, soit la coordination des politiques budgétaires et économiques des Etats membres - un concept aux contours encore flous. "C’est la mère de toutes les batailles", affirme une source communautaire. "Si on n’y arrive pas maintenant, on y arrivera jamais." Même si la situation est plus saine qu’aux Etats-Unis ou au Japon, l’UE doit procéder, sans délai, à la consolidation budgétaire (le déficit moyen est 7 % du PIB). Ce qui obligera la plupart des Etats à passer par la case austérité. Encore faut-il ne pas perdre en route le chemin de la croissance (atone, elle sera de 0,9 % du PIB en 2010). Car "sans croissance, nous ne pourrons pas assurer la pérennité de notre modèle socio-économique" , martèle Van Rompuy. Si les Vingt-sept en font plus grand cas que de la stratégie de Lisbonne, la stratégie UE2020 pourrait contribuer à remettre l’économie européenne sur les rails. Mais le salut passera aussi par d’impopulaires réformes structurelles en terme d’emploi et de pension, notamment.

3 Dissensions en interne, dispersion sur la scène internationale. La gestion de la crise de l’euro a provoqué des dissensions entre Etats membres, souvent alimentées par l’Allemagne, lasse d’être la vache à lait européenne. Mais il n’y pas qu’outre-Rhin que le soufflé européen est retombé. L’Europe ne fait plus recette. D’ailleurs, les partis souverainistes ou nationalistes gagnent du terrain partout dans l’UE. Difficile en ces circonstances de peser sur la scène mondiale, où la stratégie du chacun pour soi a souvent droit de citer. L’Union perd de son influence et la conférence de Copenhague sur le climat en a été la patente illustration. La Haute représentante, Catherine Ashton, pourra-t-elle conférer un peu d’harmonie à la diplomatie européenne une fois secondée par son service d’action extérieure ? Pas sûr.

4 C’est quand qu’on va où ? Les pessimistes prédisent la lente déconstruction de l’UE. Les optimistes considèrent les récentes crises comme autant de salutaires remises en question. "Ou on va plus loin, ou on retourne en arrière", dit une source belge. "Mais en matière économique, les marchés sont tellement intégrés qu’il n’y a pas d’alternative." Et d’ajouter : "Il n’y a pas que la Belgique qui considère que l’Union est vitale pour sa survie." Van Rompuy, lui, ne perd pas la foi : "L’Europe est plus forte qu’on ne le pense."

 

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