Congo: trouver le ton juste importe, mais ne suffira pas
27-01-2010
Il est peut-être temps d’y revenir.
Louis Michel (MR) "première période", pécha par naïveté - même si l’on en connut de pires (l’ex-Premier ministre démocrate-chrétien flamand Wilfried Martens et son "j’aime ce pays, son peuple et ses dirigeants", sous la dictature Mobutu) - en allant jusqu’à soutenir explicitement le candidat Joseph Kabila avant les élections présidentielles de 2006.
Après lui, Karel De Gucht (VLD), sans rien dire d’inexact, prouva que sa rudesse naturelle constituait un sérieux handicap en diplomatie.
Steven Vanackere a-t-il trouvé le juste ton lorsqu’il affirme qu’il ne fera preuve "ni d’arrogance, ni de complaisance" en Afrique centrale et qu’il y a moyen de dire des choses "dures" à ses interlocuteurs lorsqu’on le fait avec courtoisie, loin de la "diplomatie du mégaphone"? Seul l’avenir nous le dira.
Car l’expérience montre que le Congo ne s’engage sur les chemins difficiles qui mènent à la démocratisation et à la pacification que lorsque la communauté internationale est unanime à faire pression sur lui dans le même sens. On l’a vu pour les élections de 2006-2007, qui se tinrent sous la pression constante de la communauté internationale (très présente à Kinshasa au sein du CIAT, Comité international d’appui à la transition) ainsi que, plus récemment, pour la mise en oeuvre de la réconciliation avec le Rwanda, préalable indispensable à toute pacification au Kivu.
Pour le reste, force est de constater que les méthodes Michel et De Gucht n’ont pas été plus productives l’une que l’autre en matière de respect des droits de l’homme, lutte contre la corruption, bonne gouvernance ou constitution d’une armée républicaine et nationale. Le dynamisme déployé par Louis Michel en faveur du Congo a été surtout efficace sur la communauté internationale, qu’il a réussi à mobiliser en faveur d’une position commune d’appui aux élections.
Lors de la récente tournée de Steven Vanackere dans les Grands lacs, nous avons pu sonder certains de ses interlocuteurs, qui ont constaté avec satisfaction qu’il était "modeste, mais pas dupe" du discours tenu par certains de ses interlocuteurs qui tirent profit du chaos congolais et entretiennent sciemment le désordre.
Mais cela ne suffira pas à obtenir ces résultats concrets qui, dit le nouveau ministre belge des Afffaires étrangères, seraient les seuls à même de le satisfaire.
Il faudra non seulement veiller à ce que cette position ne dévie pas vers un confortable statu quo destiné à sauvegarder la bonne entente des deux pays avant la commémoration des 50 ans d’indépendance du Congo, le 30 juin prochain, mais aussi travailler à un consensus international sur ce que doit faire le Congo. Et ne pas se laisser piéger au jeu des petites phrases assassines auquel M. De Gucht a succombé le week-end dernier - pour le plus grand plaisir de ses adversaires à Kinshasa.
