Discours pour la cérémonie de lancement des réformes visant à améliorer le climat des affaires - Bujumbura, 3 juin 2011

03-06-2011

Excellence Monsieur le Deuxième Vice-président de la République,

Madame la présidente de la Chambre fédérale de commerce et d’Industrie du Burundi,Excellences Mesdames Messieurs les Ministres,
Honorables Parlementaires,
Monsieur le Maire de la ville de Bujumbura
Mesdames Messieurs les membres du corps diplomatiques,
Mesdames Messieurs les hauts cadres de l’Etat,
Mesdames Messieurs les entrepreneurs,
Distingués invités,
Mesdames Messieurs,

Amahoro,
Danezerewe no kuza kuba ramutsa
(Bonjour, je suis heureux de vous rencontrer)

Lorsque nous nous étions vus à Bruxelles il y a quelques semaines, Monsieur le Deuxième Vice-président et moi-même avions évoqué l’idée de participer ensemble, lors de ma visite au Burundi, à une activité publique liée à la Bonne Gouvernance ou à la lutte contre la corruption. En effet, ces thèmes sont considérés comme cruciaux par nos deux Gouvernements. C’est donc avec grand plaisir que je me retrouve ce matin à vos côtés, Monsieur le Vice-président, pour prononcer quelques mots sur le sujet, et je vous remercie de me donner l’occasion de m’adresser à un public aussi prestigieux que varié.

Le Burundi a fait d’énormes progrès depuis l’Accord d’Arusha en 2000. Deux élections libres et démocratiques ont été organisées et ont permis la mise en place d’institutions démocratiques et légitimes reflétant la diversité du Burundi. Les tensions ethniques qui ont déchiré votre pays pendant des décennies semblent maintenant apaisées, à tel point que le Gouvernement burundais estime aujourd’hui que le temps est devenu propice pour aller résolument de l’avant sur la voie de la Justice Transitionnelle.

Ces progrès sont d’abord et avant tout l’œuvre des Burundais eux-mêmes. La communauté internationale a certes apporté une aide non négligeable, mais rien n’aurait été possible sans le courage et la détermination des citoyens burundais.

Vos compatriotes, Monsieur le Vice-président, et surtout ceux qui les gouvernent, devront à nouveau faire preuve de courage et de détermination pour affronter le principal défi que votre pays doit maintenant surmonter, celui de la lutte contre la Pauvreté, au travers notamment d’un développement économique qui se fasse au bénéfice de tous. Je constate avec intérêt que les autorités burundaises ont fait de cet objectif leur priorité centrale pour la nouvelle législature et c’est d’ailleurs dans cette optique que votre Gouvernement a placé au cœur de son action l’amélioration de la Gouvernance et la lutte contre la corruption. A ce titre, de nombreuses mesures ont été prises ou sont en voie de l’être, mesures à l’élaboration ou la mise en place desquelles la Belgique a apporté sa contribution, et je m’en réjouis.

Je citerai par exemple notre contribution de 11 millions d’euros, contribution qui s’ajoute à celle de la coopération britannique, visant à  renforcer l’intégration régionale. Cette contribution s’est notamment concrétisée par la création de l’Office burundais des Recettes, un Office qui a déjà engrangé des résultats remarquables puisque quelques mois seulement après sa création, et dépassant toutes les attentes, il a permis à l’Etat burundais d’augmenter considérablement la perception des recettes fiscales.

D’autres appuis au développement du secteur privé sont en cours ou en préparation, comme l’appui à la BNDE (Banque Nationale pour le Développement Economique) pour plus de 2M€ ; l’organisation annuelle de missions commerciales dans la cadre des Semaines belges ou un appui éventuel à votre Agence pour la Promotion des Investissements afin notamment de l’aider à développer l’entrepreneuriat au Burundi. Par ailleurs, j’ai constaté avec plaisir que le projet de mise sur pied d’un fonds d’impulsion et de garantie par la Belgian Bankers Academy, projet qui devrait faciliter l’octroi de crédits aux entreprises, avait fortement intéressé les autorités burundaises.

Enfin, je citerai pour terminer notre participation active, à travers un financement de l’Institut de la Banque Mondiale et cette fois aux côtés de tous les principaux partenaires du Burundi, à l’élaboration de la Stratégie Nationale de Bonne Gouvernance et de Lutte contre la Corruption.

Etant donnée l’importance de cette Stratégie, permettez-moi d’en dire quelques mots.

La Stratégie Bonne Gouvernance et de lutte contre la corruption est le résultat d’un exercice courageux d’introspection et de réflexion mené par le gouvernement burundais avec l’aide de ses partenaires au développement. Les problèmes que connaît le Burundi n’y sont ni cachés ni minimisés. Bien au contraire, les questions relatives à l’Etat de droit, la Justice, la Police ou les Droits de l’homme, y sont clairement abordées, et un chapitre entier est consacré au phénomène de corruption de certains agents et organismes de l’Etat. La reconnaissance explicite et franche de l’existence de tels problèmes par le Burundi est indispensable afin d’identifier les mesures les plus adaptées qui doivent être prises afin de redresser la situation.

La Stratégie Bonne Gouvernance et de lutte contre la corruption définit ainsi des axes d’intervention réalistes et concrets et sa mise en application impliquera non seulement l’ensemble des ministères, mais également les forces de l’ordre, la Justice, les administrations locales, la société civile, le secteur privé et enfin les citoyens burundais eux-mêmes.

Je ne peux donc, Monsieur le Vice-président, que vous féliciter pour cette Stratégie ambitieuse qui vient d’être adoptée en Forum politique et je vous encourage, ainsi que les membres du Gouvernement, à assurer un suivi et un pilotage rapproché de sa mise en œuvre pour en assurer le succès, et ce en collaboration avec tous les acteurs mentionnés précédemment.

En effet, si l’adoption de la Stratégie en tant que telle est un premier pas important, sa mise en œuvre concrète et effective sera décisive pour améliorer la vie quotidienne des Burundais, pour redorer le blason de leur pays et pour améliorer le niveau d’attractivité du Burundi aux yeux des Partenaires Techniques et Financiers ou des investisseurs potentiels. A ce sujet, l’assassinat sauvage d’Ernest Manirumva, le vice-président de l’Olucome, en avril 2009, a porté un coup sévère à l’image du Burundi, tout comme le fait que plus de deux ans après les faits, le meurtre n’ait toujours pas été élucidé. Je profite de l’occasion pour féliciter et saluer le rôle très courageux joué par la société civile et les médias burundais, qui, au péril parfois de leur sécurité, voire même de leur vie, comme l’assassinat d’Ernest Manirumva l’a montré, n’hésitent pas à dénoncer certaines mauvaises pratiques.

Je formule également l’espoir que la mise en œuvre de la Stratégie Bonne Gouvernance et de lutte contre la corruption permettra de faire toute la lumière sur les grands dossiers de corruption, dont certains, mais pas tous, sont déjà vieux de plusieurs années.

Nous sommes bien conscients que la tâche s’annonce particulièrement ardue mais nous sommes certains que le Président Nkurunziza, son Gouvernement, et l’ensemble des Burundais feront à nouveau montre du courage et de la détermination dont ils ont fait preuve par le passé.

Excellence Monsieur le 2me Vice-président
Distingués invités,
Mesdames Messieurs,

Au-delà du soutien financier important mobilisé par notre Coopération au développement, vous avez pu constater l’intérêt des entrepreneurs belges pour le Burundi. Ils étaient par exemple une vingtaine à participer à la semaine belge en 2010, et plus de 40 pour l’édition 2011. A ce rythme-là, je me demande s’il y aura suffisamment de chambres d’hôtel de libres à Bujumbura pour les participants aux éditions ultérieures !

Malgré cela, il faut regretter que nos relations économiques bilatérales ne soient pas plus intenses. Notre commerce bilatéral est faible, et les investissements belges dans votre pays sont assez modestes. Je me réjouis par contre du rôle très actif que jouent plusieurs de mes compatriotes résidant au Burundi et la place centrale que certains ont réussi à occuper dans l’économie burundaise. On les retrouve par exemple dans le secteur bancaire, dans le secteur aérien, dans celui de la construction et de la fourniture d’équipements industriels, dans la fourniture de services informatiques ou juridiques, dans la restauration, dans le secteur de la santé, etc. Certaines entreprises belges fondées quelques années seulement après l’indépendance sont toujours actives, et ce malgré les soubresauts de l’histoire de votre pays.

Malheureusement, confrontés à certaines pratiques douteuses, plusieurs de ces Belges ont éprouvé d’énormes difficultés à faire valoir et à défendre leurs droits légitimes. La plupart de ces cas concernent le non respect du droit de propriété de mes compatriotes établis au Burundi. Malgré les nombreuses démarches entreprises par des représentants belges, la grande majorité de ces dossiers n’a pas connu d’évolution satisfaisante. Ceci est d’autant plus regrettable que, comme je l’ai mentionné auparavant, mes compatriotes lésés sont pour la plupart des hommes d’affaires très actifs à Bujumbura, dont les entreprises créent de la valeur et de l’emploi.

Je profite donc de l’occasion aujourd’hui pour inviter les autorités burundaises à mettre tout en œuvre pour que ces dossiers en suspens puissent enfin connaître une issue satisfaisante pour tous. Cela permettrait également d’améliorer l’image du Burundi auprès des investisseurs étrangers.

Excellence Monsieur le 2me Vice-président
Distingués invités,
Mesdames Messieurs,

En 2012, le Burundi fêtera le cinquantième anniversaire de son indépendance. Un travail d’introspection sera probablement mené, aussi bien à Bujumbura qu’à Bruxelles, sur le passé que nous avons vécu ensemble pendant plusieurs décennies ainsi que sur l’évolution de nos relations bilatérales depuis 1962. Indépendamment du bilan qui sera dressé, et au-delà des relations bilatérales d’Etat à Etat, une dimension cruciale des liens entre nos deux pays est bâtie par des individus. J’ai parlé à l’instant des Belges qui ont une activité économique au Burundi, mais il y aussi les milliers de Burundais qui sont présents en Belgique et qui eux aussi, rendent encore plus intenses les liens entre nos pays. Ces individus, belges ou burundais mais qui ont des racines dans l’autre pays, peuvent servir de socle au renforcement des liens économiques entre nos deux Etats, en servant de pont entre opérateurs économiques burundais et belges. Le fait que des membres de la diaspora burundaise de Belgique commencent à revenir dans leur pays et y développent une activité économique en utilisant les réseaux de relations d’affaires qu’ils ont développés en Belgique en est un bon exemple et profite à nos deux pays.

Mais qu’ils soient Belges ou Burundais, qu’ils aient des opérations en Belgique, au Burundi ou ailleurs, les entrepreneurs aspirent à un environnement d’affaires transparent, où les conflits éventuels peuvent être soumis à des arbitres indépendants appliquant de manière honnête et impartiale des règles de droits s’imposant à tous.  

Je ne voudrais cependant pas terminer mon propos sans vous remercier sincèrement, Monsieur le Vice-président, de m’avoir associé à cet événement et de m’avoir donné l’occasion d’y prononcer quelques mots. Je souhaiterais également à nouveau vous féliciter pour toutes les mesures que le Gouvernement burundais, grâce à votre impulsion et bien entendu celle du Président Nkurunziza, a déjà prises pour améliorer le climat des affaires, la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption.

Je vous remercie pour votre attention.

 

Seul le texte prononcé fait foi

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