Hainan Airlines délaisse Charleroi au profit de Bruxelles
15-04-2010
Insuffisamment vénérés à l'aéroport de Charleroi, les Chinois de Hainan proposent d'installer leur «hub» européen à Zaventem. Montant estimé de l'investissement : 300 millions d'euros ! En contrepartie, le conglomérat aurait des exigences biens précises...
Chen Feng est reparti avec ce qu'il était venu chercher. A l'issue d'un dîner privé à Pékin avec Steven Vanackere, le ministre des Affaires étrangères, le président du groupe chinois Hainan a obtenu un engagement politique scellé par une franche poignée de main. L'objet de cet accord de principe : un investissement de 300 millions d'euros sur le tarmac de Zaventem. Si rien n'est entériné à l'heure actuelle, la mise en route du plan pourrait être annoncée en octobre. «L'annonce pourrait coïncider avec l'ouverture du sommet Europe-Asie qui se tiendra à l'automne à Bruxelles», lais-se-t-on entendre dans l'entourage de Hainan.
Echaudé par son éviction au dernier tour de table pour entrer dans le capital du gestionnaire de l'aéroport de Charleroi, malgré un appel d'offre rédigé sur mesure pour lui, on aurait pu penser que le groupe chinois éprouverait de la rancune envers notre pays. Il n'en est rien puisque son ambition est de faire de la Belgique une tête de pont européenne pour ses activités aériennes. Une chance car ce géant méconnu - il est actif dans l'aviation mais aussi la gestion d'aéroports, la finance, la logistique, l'immobilier, les centres commerciaux et le tourisme -, dispose d'un bras financier qu'aucun décideur ne peut négliger.
Actif dans le ciel belge depuis juillet 2006, avec une ligne Bruxelles-Pékin, le conglomérat chinois possède aussi trois hôtels chez nous (Sodehotel à Woluwe-Saint-Lambert, le Carrefour de l'Europe à Bruxelles et l'hôtel Data à Wavre) et un centre administratif (Bruxelles). Et d'ici l'été, Hainan Airlines devrait relier la capitale belge à Shanghai. Avant d'ouvrir, à terme, un hub européen à Zaventem. Bien sûr, Hainan aurait préféré voler vers un plus grand aéroport mais le gouvernement chinois a protégé ses trois transporteurs publics (Air China, China Eastern et China Southern) contre cet acteur privé, en leur laissant le monopole sur Paris, Francfort, Amsterdam et Londres. Toutefois, en s'inspirant du modèle de hub installé à Bruxelless Airport en 2007 par la compagnie indienne Jet Airways, Hainan Airlines sait que notre aéroport national dispose de créneaux horaires disponibles en début de matinée et des infrastructures lui permettant d'accueillir simultanément plusieurs gros-porteurs et ainsi relier différentes villes européennes mais aussi et surtout africaines. Grâce au réseau africain de la compagnie Brussels Airlines, avec laquelle Hainain Airlines possède déjà des accords de code share .
Pour disposer d'une véritable force de frappe européenne, le groupe chinois envisage même de créer sa filiale européenne en achetant une compagnie : «C'est une compagnie nationale £uvrant en Europe et le dossier sera clos d'ici six mois», assure un proche du dossier.
A Charleroi, on aurait donc raté le coche. Voici deux ans, le groupe chinois voyait très grand pour l'aéroport carolo lorsque le ministre André Antoine avait enclenché la privatisation partielle de BSCA. Las, l'offre liante des Chinois n'a pas convaincu les experts du gouvernement wallon, lui préférant celle du consortium Save-Holding Communal. «Nous proposions pourtant de mettre 1 million d'euros pour la première tranche du capital, 40 millions d'euros dans un nouveau terminal long courrier, dans la construction d'un centre commercial de 50.000 m2, dans un hôtel de 120 chambres et dans un parking de 5.000 places dans lesquels BSCA touchait entre 10 et 20 % des ventes. Le tout créant à terme 3.500 emplois.»
Ce désamour financier et opérationnel ravit les dirigeants de Brussels Airport désormais prêts à beaucoup pour que la compagnie chinoise s'installe chez eux. Pour y parvenir, l'aéroport et la Flandre devraient allouer de nouveaux avantages financiers. «Nous réfléchissons à des aides financières destinées à soutenir la promotion touristique», lâche-t-on dans l'entourage du Steven Vanackere. De là à ce que Brussels Airport et les autorités flamandes attribuent un nouveau paquet de 1,5 million d'euros comme ce fut le cas pour attirer la compagnie chinoise en 2006, il n'y a qu'un pas que d'aucuns franchissent allègrement.
