L'arc-en-ciel après l'orage

20-01-2010

C'est en dernière minute en effet que, à son arrivée, le ministre belge a appris que le président Kabila l'attendait dans sa ferme, à 53 kilomètres de… la capitale du Katanga ! Les pilotes de l'avion gouvernemental devant observer un temps de repos réglementaire, la délégation dut recourir à la Monuc, la force de l'ONU. Mais cette dernière ne badine pas avec les règles de sécurité : alors que l'appareil survolait déjà Kananga, capitale du Kasaï occidental, de gros nuages chargés de pluie dissuadèrent soudain les pilotes canadiens d'atterrir, et le cap fut mis vers le nord, direction Kindu, au coeur du Maniéma.

Sous un ciel chargé d'orage, Vanackere, s'entretenant avec son collègue Tambwe Mwamba, qui faillit l'inviter dans son hôtel de Kindu, a réussi là sa première initiation à l'un des secrets de la sagesse africaine : rester zen en toutes circonstances…

Pendant ce temps, Joseph Kabila, bien installé à « Kimono », un domaine de 300 hectares de savane, proche de Kasumbalesa, sur la frontière zambienne, attendait sans impatience : « Nous avons pêché, admiré les autruches, le bétail, regardé pousser les orangers, les champs de maïs, nous expliquait un membre de son entourage, c'est ici que "le Chef” se ressource, à la manière des paysans… »

Avec quatre heures de retard, après avoir traversé la moitié du pays, le ministre belge finit par arriver sur les lieux. C'est un Kabila en tenue de campagne vert olive qui accueillit ses hôtes, l'air amène et détendu, pilotant lui-même sa jeep le long d'un petit lac artificiel. La délégation s'installa sous une sorte de paillote aux murs de brique, tandis qu'un buffet de viandes grillées, qui avaient eu largement le temps de cuire, était délicatement couvert puis découvert de ses nappes festonnées, rentré puis sorti en fonction des averses passagères…

Même vu de loin, le spectacle de la « palabre » était de bon augure : on distinguait un Vanackere qui retirait sa cravate, se penchait vers l'avant et parlait avec les mains, un Kabila calé sur son siège et peu avare de sourires, des diplomates des deux pays qui intervenaient dans la conversation et se parlaient comme de vieilles connaissances…

A la fin de l'entretien, qui dura plus d'une heure, alors que les brochettes destinées aux hôtes étaient prestement emballées afin de servir de casse-croûte sur la route du retour, le président fit quelques pas avec ses invités. Interrogé sur la crise entre le Congo et la Belgique, il feignit la surprise : « De quelle crise parlez-vous ? Nous avons besoin de la Belgique, comme de nos autres amis, les Chinois par exemple… »

Pressé de questions, le président confirma que le roi Albert II avait été officiellement invité aux cérémonies du 50e anniversaire de l'indépendance, ajoutant : « J'espère bien qu'il va venir, cela fera plaisir à tous les Congolais ». Prudent, il précisa cependant qu'il fallait suivre les voies de la diplomatie, « qui ne vont pas toujours droit… » Il reconnut aussi que la présence de Herman Van Rompuy, un ancien du collège Boboto, serait plus que bienvenue…

De manière succincte, Kabila aborda aussi avec optimisme les principales questions de l'heure, qui avaient déjà été soulevées par son interlocuteur belge : « Le calme règne pratiquement sur l'ensemble du pays, la situation économique s'améliore, tôt ou tard, la Monuc devra partir ; dans les deux Kivu, les opérations militaires vont se poursuivre et elles ont donné des résultats satisfaisants. » Interrogé à propos des « cinq chantiers » de la reconstruction, il se montra plus évasif : « Ils ont bien commencé, mais dans ce pays, il reste tant à faire… »

Visiblement revigoré par l'atmosphère paisible d'un Katanga où il se sent chez lui, Kabila lança même quelques plaisanteries à la presse belge : « Des problèmes au Congo, oui, certes, il y en a, mais vous aussi avez vos difficultés. Résister à des températures de moins vingt degrés, cela n'a pas dû être facile… »

Entre Kabila et Vanackere, en tout cas, la température politique semblait parfaite : chaleureuse certes mais tempérée par un commun réalisme : « Aux opérations de séduction, je préfère constater que des défis sont relevés », assurait Vanackere, tandis que Kabila, ayant visiblement tourné la page De Gucht, plaidait en faveur de « relations calmes et normales entre les deux pays ».

La délégation belge, rassérénée, put alors reprendre sa course vers Lubumbashi, se faufilant entre les cyclistes et les semi-remorques chargés de cuivre, conjurant l'orage obstiné et regardant comme un présage les arcs-en-ciel qui se dressaient au-dessus des termitières…

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