"Le contrôle budgétaire, ce sera l'heure de vérité de Di Rupo"

28-01-2012

Mercredi après-midi, en arrivant au cabinet des Finances, nous croisons une délégation du FMI. Ils sont venus faire le point sur l'état de l'économie belge, avec le ministre Steven Vanackere, en vue du rapport qui a été publié ce vendredi. L'entrée en matière de l'interview s'impose donc.

Quelle était la teneur de votre message au FMI? Comment se porte l'économie belge?

Je ne veux pas donner l'impression que le ministre des Finances est tout à fait tranquille. Il y a un fameux travail à accomplir. Mais il ne faut pas noircir le tableau: malgré la crise, le chômage est plus bas qu'en 2008 et, sur les trois dernières années, notre croissance s'aligne sur celle de l'Allemagne. La capacité financière nette des Belges est deux fois supérieure au PIB de la Belgique, c'est une réalité unique en Europe.

Ça ne veut pas dire qu'on peut s'asseoir et ne plus rien faire - au contraire, il faut mener rapidement les réformes pour protéger notre niveau de bien-être - mais il faut aussi regarder ces aspects positifs. Les difficultés actuelles ne doivent pas conduire à une sorte de découragement, de défaitisme.

Comment réagissez-vous quand la Commission critique votre budget?

Je ne pense pas qu'elle ait raison quand elle doute de nos prévisions mais la Commission a parfaitement le droit de développer une analyse plus prudente. C'est le débat logique, comme entre le gouvernement et la Cour des comptes. Elle peut formuler les recommandations dans le cadre d'une procédure de déficit excessif. Nous en restons à un débat technique sur le gel de dépenses ou les provisions à constituer.

Parler de l'indexation des salaires, ce n'est pas purement technique…

La Commission ne met pas en cause l'indexation automatique des salaires. Elle demande à la Belgique de veiller à ce que le modèle de formation de salaires soit parfaitement en phase avec l'évolution de la productivité. Ce n'est pas la suppression de l'index.

Maintenant, si vous me demandez si les six recommandations de la Commission (1) visent effectivement les six points faibles de l'économie belge, je vous répondrai simplement "oui". Et ça doit être plus qu'une source d'inspiration pour nous. Mais ce n'est pas une dictée ou un diktat.

Pour s'attaquer à ces points faibles de l'économie belge, faut-il, selon vous de nouvelles réformes structurelles, dès le prochain contrôle budgétaire?

Ce contrôle budgétaire, c'est l'heure de vérité. Elio Di Rupo devra démontrer que l'équipe est capable de prendre d'autres mesures difficiles, afin de respecter notre engagement d'un retour à l'équilibre budgétaire en 2015. Et j'ai pleinement confiance en sa capacité d'aboutir. Réussir, ça veut dire des résultats budgétaires mais aussi des liens clairs vers les réformes structurelles essentielles pour notre économie. Ça doit être plus qu'une addition de mesures, il faut montrer une direction, que les citoyens voient que nos solutions sont vraiment durables.

De très grandes entreprises ne paient que peu d'impôt grâce aux intérêts notionnels. N'y a-t-il pas là une source de recettes?

Nous avons déjà réformé les intérêts notionnels. Ne détruisons pas le système car les grands acteurs peuvent facilement décider que la Belgique n'est plus intéressante pour eux.

L'une des mesures d'économie souvent évoquée est le saut d'index. Y êtes-vous favorable?

J'en ai justement discuté avec la délégation du FMI. Est-ce vraiment une mesure budgétaire? Le véritable saut d'index freine la hausse de la charge salariale des entreprises mais il n'a guère d'impact budgétaire. On dépense un peu moins pour les allocations et les salaires des fonctionnaires. Mais on récupère moins, aussi, du côté de l'impôt des personnes physiques.

Le saut d'index doit donc être considéré comme un éventuel instrument dans un possible problème de compétitivité de nos entreprises, mais pas comme un ingrédient d'un contrôle budgétaire.

Dans un mois, nous avons un véritable test pour la cohésion de ce gouvernement. Je ne vais pas mettre cela en danger, en parlant d'un sujet qui n'apporte aucun élément de solution à ce contrôle budgétaire.

Envisagez-vous de compléter l'assainissement par des mesures de relance?

First things first. J'aimerais bien parler de mesures de relance. Mais, pour moi, celles-ci doivent surtout être le fruit de quelque chose qui redonne de la confiance.

En décembre et en janvier, la confiance des entreprises et des consommateurs a augmenté. Il y a là un paradoxe: dans la théorie économique, un plan d'assainissement pèse sur la confiance. Ici, c'est l'inverse. Cela veut dire que les entreprises belges attendaient, depuis plus de 500 jours, qu'un gouvernement prenne les choses en main et s'attaque à notre problème budgétaire de fond.

Peut-on aller plus loin et imaginer de stimuler l'économie? Pour une économie aussi ouverte que la nôtre nous venons de passer de la 6e à la 4e place mondiale en ce domaine - les principales mesures de relance, ce sont celles de l'Allemagne et de la France.

Nous devrons déjà trouver des sommes importantes lors du contrôle budgétaire. Je suis donc assez réservé à l'idée d'accentuer encore les efforts pour financer des mesures de relance.

Le ministre du Budget, Olivier Chastel, estime qu'avec une croissance proche de zéro, la relance devient impérative…

Je respecte les points de vue des collègues. Nous devons toujours réfléchir à des mesures pour redorer la croissance. Je suggère que chacun commence par chercher, dans son département, les possibilités d'action qui ne coûtent rien. Aux Finances, nous pouvons contribuer à simplifier la vie administrative des entreprises. C'est un cadeau pour la compétitivité et cela ne coûte rien.

Photos récentes

.
.
.
Entretien avec Luis Alberto Moreno (Inter-American Development Bank)
Entretien avec Luis Alberto Moreno (Inter-American Development Bank)
Entretien avec Luis Alberto Moreno (Inter-American Development Bank)
.
.
.
.
.
.

Rechercher