Les droits humains se perdent dans un labyrinthe
02-03-2010
Le premier des « représentants de haut niveau » à prendre la parole est le vice-président colombien, Francisco Calderon, qui livre un bilan triomphal des huit ans de gestion du dossier droits humains par le gouvernement du président Uribe. Un bilan bien différent de ceux établis par Amnesty International et Human Rights Watch.
Dans cette enceinte où, théoriquement, tous les participants se battent pour délivrer les prisonniers politiques, faire cesser les tortures et obtenir enfin du respect pour les plus faibles, c'est, un peu plus tard, le ministre des Affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaki, qui prend la parole : les élections de juin 2009 ont été « un pur exemple de démocratie et de liberté ». Evoquant ensuite la passivité internationale face à l'assassinat à Dubaï par les services secrets israéliens d'un responsable palestinien, il menace de « prendre des mesures ».
Au secours ! Où sont les droits humains dans ce triste spectacle ? Comment ce Conseil peut-il réellement améliorer la situation de ceux dont les droits sont violés ? Dans cette institution, c'est visiblement une logique de susceptibilités politiques et d'affrontements entre blocs régionaux qui domine. Et pour compliquer le tout, les Occidentaux, historiquement premiers promoteurs des droits humains, se retrouvent désormais en très nette minorité.
Faut-il pour autant désespérer et laisser tomber ? L'armée d'experts, de diplomates et d'ONG qui s'activent en coulisses n'est évidemment pas de cet avis et discute avec passion de procédures administratives hautement complexes pour avancer à micropas vers un meilleur respect des droits humains. Comment aller réellement de l'avant ? « Il faut sortir de cette logique de méfiance, avance le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, dont c'est la première incursion dans cette arène, et qui sort d'un entretien avec Navanethem Pillay, haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme. Jusqu'ici, les pays de l'Union européenne ont passé énormément de temps pour tenter de se mettre d'accord entre eux. Or il arrive souvent que, au lieu d'être inspirés par des principes universels, certains Etats membres se crispent sur des éléments liés à leur histoire. On ne peut pas leur laisser un droit de veto sur la position européenne. On ferait mieux d'avancer avec ceux qui sont d'accord et de consacrer plus de temps et d'énergie à expliquer notre position à des pays d'Amérique latine, d'Afrique ou d'ailleurs, qui sont prêts à partager une vision "éclairée" des droits humains. » Le Conseil des droits de l'homme n'a pas de pouvoirs coercitifs. Il faut donc en revenir à l'écoute, au dialogue, à la bonne
volonté. Et espérer, pour les opposants des prisons iraniennes ou cubaines, que ça marchera…
