L'Ouest veut croire à la fin des combats en 2014
22-07-2010
A l'issue de la conférence internationale sur l'Afghanistan qui s'est tenue ce mardi à Kaboul, le ministre belge des Affaires étrangères Steven Vanackere (CD&V) s'est réjoui des mesures avancées par le président afghan Hamid Karzaï : « Les mois à venir s'inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre des mesures déjà annoncées ». En clair : il ne s'est rien produit de remarquable à Kaboul, l'unique bonne nouvelle étant que la stratégie mise en place par les Afghans et les Nations unies soit demeurée jusqu'ici sur les rails.
Qu'est-ce qui a été annoncé ? Le énième plan de réconciliation et réintégration des insurgés talibans, déjà dévoilé par Karzaï en janvier à Londres, a été approuvé. Il s'agit de fournir un emploi à des combattants qui ne se seraient engagés que pour des raisons économiques. La difficulté est ici de vérifier la destination effective des sommes en jeu (750 millions de dollars) : l'Afghanistan Analysts Network (AAN) est plus que sceptique quant aux chances de succès et de non-détournement des sommes en jeu.
Dans ce contexte où les soupçons de gabegie restent entiers, la communauté internationale s'est par ailleurs engagée à ce que, d'ici deux ans, plus de la moitié de l'aide internationale passe par les caisses de l'Etat afghan et non plus via les ONG. Excellente opération : les ONG représentaient une dispersion de moyens et une diffusion par nature incontrôlable de fonds. Par ailleurs, les tarifs des ONG internationales sont un scandale pour la population afghane. Les effets positifs de ce changement de cap seront-ils supérieurs aux nouvelles potentialités de corruption ? A vérifier.
Enfin et surtout, les « grands » ont avancé leurs calendriers de retrait : début à la mi-2011 pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, reprise en main de la sécurité par les Afghans en (décembre ?) 2014, fin des opérations de combat des Britanniques en 2015. Ces perspectives de sortie sont conditionnées par les victoires militaires à venir, par la capacité réelle des Afghans de reprendre le contrôle sécuritaire de leur territoire, district après district. Seul pépin : du propre aveu du ministre afghan de l'Intérieur, sur les 365 districts du pays, seuls 9 sont aujourd'hui « sûrs ». Si Kaboul doit reprendre le contrôle graduel du pays, il va lui falloir choisir des priorités : pacifier avec les insurgés ou avec les seigneurs de guerre ? Il faut utiliser les uns contre les autres, mais sans doute dans des sens différents selon les provinces. Et selon quel tempo ? En Irak, pays centralisé, il s'était écoulé cinq ans de la reconquête du désert d'Anbar (2004) jusqu'à l'« irakisation » de Bagdad. A l'issue, l'Irak débouchait sur un quasi-éclatement fédéral. Les Afghanistan du Nord et du Sud pourraient emprunter la même voie dès cet hiver.
(Le Soir, jeudi 22 juillet 2010)
