Steven Vanackere à l'écoute des « soldats perdus »
23-01-2010
En novembre dernier encore, le major Bonaventure, les soldats Edouard ou Joseph, tous membres des FDLR – Forces démocratiques pour la libération du Rwanda – vivaient dans les forêts au-delà de Bukavu, au Congo. Aujourd'hui, ces Hutus se retrouvent au Rwanda, dans le camp de Mutobo, près de Gisenyi, où ils passeront deux mois avant d'être renvoyés sur leur colline, dans leur famille. Sans se faire prier, ils racontent comment, durant 16 ans, ils ont guerroyé à travers l'immense Congo, de Katale au Nord-Kivu, où ils sont arrivés au lendemain du génocide rwandais de 1994, jusque Rutshuru, en passant par Kisangani, Mbandaka et même l'autre rive du fleuve, au Congo-Brazzaville. Ils reconnaissent volontiers que s'ils ont décidé de rentrer au Rwanda, d'y être désarmés et de réintégrer la vie civile, c'est parce qu'ils étaient « fatigués » et aussi parce que « les Congolais nous traquaient, ils ne voulaient plus de nous ».
Lorsque ces hommes au visage durci par des années de brousse battent des mains et que les premiers rangs se lancent dans les danses du Nord du Rwanda, marquées par des bonds en hauteur et des cris, le sol tremble sous leurs pas, leur voix rauque fait frissonner. Il suffit de fermer les yeux pour que défilent des images de violences et de viols, démenties par l'allure paisible de ces paysans qui assurent n'avoir plus d'autre ambition que vouloir rentrer chez eux.
Pourquoi sont-ils restés aussi longtemps dans les forêts du Congo, malgré la malaria et les autres maladies ? Sans évoquer le commerce des minerais, la disponibilité des terres ou l'accaparement des femmes, tous assurent avoir obéi à leurs chefs : « Ils nous ordonnaient de rester, car ils voulaient une négociation politique avec Kigali, ils punissaient ceux qu'ils soupçonnaient de vouloir partir. Les vrais chefs du mouvement ne sont pas au Congo, ils donnent des ordres depuis les Etats-Unis ou les pays d'Europe qui les accueillent... » Pressé de questions sur le fait que la France et la Belgique abritent bon nombre de ces dirigeants, sans être autrement inquiétés, le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, en visite dans la région, est resté évasif et prudent : « Je suis ici pour apprendre »...
« Réfléchissez aussi à vos propres actes »
A Mutobo, les démobilisés des FDLR passent une sorte de « stage » de deux mois : ils y apprennent le fonctionnement des institutions du Rwanda d'après le génocide, la Constitution qui bannit la notion d'ethnie, le nouveau nom des provinces, ainsi que l'usage des cartes de banque ou le système de mutuelle. Après cette première initiation, une formation professionnelle leur sera proposée.
Devant une foule attentive, Steven Vanackere, habile à poser les bonnes questions, a relayé un message d'espoir : « La violence n'est pas une solution, je vous félicite d'avoir enfin choisi la paix… » A Kigali, devant le Mémorial dédié aux victimes du génocide, le premier des ministres CD&V à revenir au Rwanda depuis 1994 – où il précède le président français Nicolas Sarkozy, attendu le 24 février – a reconnu que la Belgique portait une part de responsabilité dans les événements. Non sans interpeller les Rwandais : « Vous accusez l'ONU, le colonisateur belge, la France. Mais vous devez aussi réfléchir, vous-mêmes, à ce que vous tous avez fait… »
