Steven Vanackere est l'invité de Matin Première
09-01-2012
-BH: Un thème surprise qui s’invite pour cette rentrée politique, c’est la diminution du salaire des ministres. On en a beaucoup parlé ce week-end. La N-VA, je vais résumer, a affirmé qu’ils allaient augmenter de 8 % sur foi d’un document distribué aux parlementaires. Olivier Chastel l’a encore dit ce matin : il a confirmé que ces salaires diminueraient bien de 5 %. Ça veut donc dire que la N-VA s’est trompée ?
-SV : Oui et que, probablement, elle a aussi utilisé un peu la posture de l’indignation devant un fait qui était quand même clair pour tout le monde. A un moment où nous demandons des sacrifices de tout un chacun, il est clair que les ministres, eux, doivent aussi donner l’exemple. Donc, cette diminution de 5 % qui a été décidée, elle sera exécutée à 100 %.
-BH : Oui. Ça veut dire aussi qu’il y a eu une erreur à l’origine de l’erreur de la N-VA ? Ils ont reçu un document dans lequel ils n’ont pas nécessairement fait des mauvais calculs ?
-SV : C’est ce que je présume. Je crois qu’Olivier Chastel expliquera comment il a été possible qu’un certain nombre de chiffres aient circulé. Mais l’intention claire est ferme. Il s’agit d’ailleurs aussi d’une intention qui s’applique aussi à d’autres sujets, comme par exemple ce qui se passera au niveau de la maison royale. Toutes ces intentions, tous ces engagements seront respectés.
-BH : Est-ce que vous jugez que la N-VA a été de mauvaise foi sur cette affaire ? Ou est-ce qu’elle a fait son rôle d’opposition : elle a vu des chiffres erronés dans un document et elle s’en est servie ?
-SV : Je crois qu’ils ont le droit de crier haut et fort quand ils voient qu’un chiffre ne correspond pas à l’intention affichée dans un accord gouvernemental. Ça, je trouve que c’est de bonne guerre. D’un autre côté, il faut aussi essayer de mesurer son ton sur base de la logique que ce qui a été convenu, il est fort improbable qu’on aurait l’intention de faire le contraire, et justement dans un sujet aussi sensible que les salaires des politiciens.
-BH : Autre polémique, autre sujet sensible : la dotation royale. La N-VA, encore elle, ce week-end, a dit : « Finalement, la dotation royale, elle va être augmentée », alors que, là aussi, on parlait de la diminuer. Qu’est-ce qu’il va en être, Steven Vanackere, ministre des Finances ? Est-ce que, cette année déjà, la dotation royale va être diminuée ou pas ?
-SV : Pour tout ce qu’il a été possible de modifier sans modifier la Constitution, le budget a déjà prévu les chiffres corrects. Pour le reste, là où il faut tenir compte d’une logique constitutionnelle, il est clair qu’un budget est une autorisation –il n’est pas nécessairement une obligation- de dépenser de l’argent. Et donc, il sera très clair que l’ensemble de ceux qui se sont engagés pour participer à l’effort, ils vont participer à cet effort.
-BH : C’est-à-dire que le gouvernement ne peut pas baisser la dotation lui-même sans changer la Constitution ?
-SV : Oui, mais ce qui ne veut pas dire que le bénéficiaire de cet argent ne peut pas lui-même dire : « je vais bien sûr participer à l’exercice ». C’est exactement ce qui va se produire, bien sûr. Et je trouve un peu dommage que, sur base d’un certain nombre de chiffres, on donne l’impression que d’aucuns n’auraient pas l’intention de faire exactement ce qui a été promis, c’est-à-dire, sachant que nous avons des choses à demander aux Belges aujourd’hui pour maintenir notre bien-être, que tout un chacun devra faire des sacrifices. Il est dommage qu’on fasse apparaitre qu’il y aurait des exceptions.
-BH : Le roi qui, d’ailleurs, dans son discours de Noël, a fait référence aux efforts qu’il fallait faire. Vous pensez bien qu’il va tenir ses engagements et que, lui-même, donc, va faire un effort sur sa propre dotation ?
-SV : Oui, mais vous comprenez que c’est à lui de parler. C’est aussi au Premier ministre de commenter là-dessus. Mais je dis tout simplement : « vous allez voir que les engagements seront respectés ».
-BH : Alors, des erreurs, il y en a manifestement eu aussi dans le budget mais, là, du point de vue de la Commission européenne, Steven Vanackere. Alors, le dossier est plus ou moins clôturé. Vous lui avez répondu ce week-end. Est-ce que vous reconnaissez quand même le diagnostic de la Commission ou pas ? Ou est-ce que vous estimez qu’ils ont eu tort sur toute la ligne ?
-SV : Non. Ici, je m’inscris en faux. Il ne s’agit pas d’erreurs, il s’agit de la garantie que l’Union européenne souhaite avoir, que la Commission souhaite avoir, sur la véracité des chiffres que les Belges ont déposés.
-BH : Vous dites que ce ne sont pas des erreurs mais, eux, ils estiment qu’on n’arrivera pas à faire en dessous de 3 % de déficit avec les chiffres que vous leur montrez. Donc, ils disent quand même qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
-SV : Mais, vous savez, le contraire nous surprendrait. La Commission a été désignée comme chien de garde qui doit vérifier si tous les 27 Etats membres sont capables de rétablir l’équilibre budgétaire, de revenir à l’orthodoxie et la discipline. Il est normal que celui qui est censé vérifier et contrôler pose des questions critiques. Je signale quand même que les divergences entre les thèses de l’administration belge et de l’administration européenne ne sont pas tellement grandes. Et en tout état de cause, ce dont on s’est mis d’accord assez rapidement, c’est le constat que le taux de croissance qui a été utilisé sur base, d’ailleurs, aussi, des indications de la Commission ; le taux de croissance qui a été utilisé pour déterminer notre budget, il est absolument à considérer comme probablement trop optimiste. Ce n’est pas une erreur que d’utiliser les chiffres que tous les autres pays de l’Union européenne ont utilisé, mais il est clair que cela veut dire qu’en février, quand on procèdera au contrôle budgétaire, des décisions sérieuses vont devoir être prises, et c’est la raison pour laquelle la Commission nous a invités à déjà prendre un certain nombre de mesures.
-BH : Une série de grandes banques belges s’attendent seulement à 0,1 % de croissance pour 2012, autant dire une croissance nulle. Est-ce que vous jugez que c’est réaliste, ça ? Une croissance nulle ?
-SV : Attendons un peu les chiffres, une fois que le budget économique sera présenté. Mais sachez en tout cas que s’il y a une différence de 0,6 % -je m’excuse pour la technicité-, entre 0,8 et 0,2, par exemple ; il faut quand même faire un effort d’à peu près la moitié, c’est-à-dire de 0,3. C’est exactement le chiffre que le gouvernement a décidé, vendredi passé, de geler en termes de dépenses. Ce qui prouve bien l’intention ferme du gouvernement de faire tout le nécessaire pour avoir un budget qui respecte nos engagements d’ici février.
-BH : Est-ce que ça veut dire, puisqu’on sait bien qu’en février il va falloir trouver des moyens, que ce sera uniquement des dépenses, puisque vous avez gelé les dépenses ? Alors, on le sait, c’est temporaire, mais est-ce que ce sera uniquement des dépenses ou est-ce qu’il faudra aussi trouver des nouvelles taxes, des nouveaux impôts ?
-SV : Il ne serait pas sage de commenter cela maintenant. Moi, je suis un grand, un ardent défenseur de la transparence en politique mais pas avant que les décisions soient prises. Et il faut, bien sûr, avec cette équipe qui a l’ambition ferme d’arriver à un accord sur une opération structurelle et sérieuse en février, il faut en discuter ensemble. Il est clair quand même que, devant la situation d’aujourd’hui, où la pression fiscale est déjà très importante et où il faut à tout prix raccrocher avec la croissance qui sera indispensable pour sortir de ces difficultés budgétaires, il faut quand même être très très prudent avec l’instrument des recettes, il faut surtout voir si on est capable encore d’avancer dans le cadre des dépenses.
-BH : Et quand la N-VA dit : « il faut simplement réduire encore certaines dépenses », est-ce que vous pensez qu’ils ont raison ou est-ce que vous leur dites : « attention, il faudra quand même aussi aller chercher l’argent ailleurs », ou est-ce qu’on peut encore comprimer les dépenses à l’infini ?
-SV : Je trouve, en tout cas, que toutes les parties de l’opposition ont le droit de critiquer ce qui a été fait -déjà avec les 11,3 milliards qui ont été décidés fin décembre de cette année-, mais ils ont d’autant plus de droit de critiquer s’ils sont capables de venir avec une alternative crédible. Jusqu’à présent, je ne l’ai pas encore vue. Je l’ai vue dans le chef d’un certain nombre d’autres partis de l’opposition, notamment les Verts, mais où il faut aussi respecter le fait que la majorité réponde que rien que faire des impôts n’est pas la solution non plus si on souhaite donner de l’oxygène à notre économie.
-BH : Alors, vous vous retrouvez donc à la tête d’un département qui a été occupé 12 ans par le même ministre et vice-Premier aussi –c’est assez rare- : Didier Reynders. D’abord, le constat. On sait que, côté flamand, on a pas mal critiqué Didier Reynders à la tête de ce département, est-ce que vous trouvez qu’il l’a bien géré, lui, en 12 ans ? Ou vous arrivez à la tête d’un ministère que vous jugez en état de décomposition totale ?
-SV : Je vais certainement vous décevoir avec ma réponse parce que, avec 30 mois devant moi, je vais bien sûr surtout vouloir parler de l’avenir et pas trop du passé. Moi, je n’ai pas besoin de faire aujourd’hui un constat du passé. Je veux bien sûr voir ce qu’il y a lieu de faire, et un certain nombre de choses s’imposent : c’est travailler davantage avec l’administration. Je crois qu’il y a 27 000 personnes qui s’attendent à ce que la politique travaille avec eux. Je crois aussi que, dans notre pays, il faut avoir encore plus de pédagogie, plus d’explications, plus de conviction que tous ceux qui respectent fidèlement leurs obligations fiscales, qui ne sont pas naïfs, qui ne sont pas victimes d’autres qui profitent ; donner cette certitude que tout un chacun fait son devoir est probablement la meilleure façon de convaincre davantage de Belges de faire exactement ce qu’il faut faire et simplifier la vie. Je sais que c’est une tâche qui est facile à dire et beaucoup plus difficile à faire, mais c’est quand même quelque chose où, dans les 30 mois à venir, il faut s’investir.
-BH : Oui. Alors, je le disais, vous êtes aussi numéro 2 de ce gouvernement, vous êtes vice-Premier. Et alors, vous dites que vous n’êtes pas le porte-parole de ce gouvernement en Flandre, c’est bien Elio Di Rupo ?
-SV : Oui, je trouve que ce titre –je l’ai dit dans une interview- de vice-Premier ministre est bon pour le te deum. Mais moi, je suis le vice-Premier ministre du CD&V. J’ai la conviction que c’est le Premier ministre qui doit parler à l’ensemble des Belges, c’est son rôle, c’est quelque chose qu’on ne peut pas déléguer. Et donc, en Flandre aussi, il est clair qu’Elio Di Rupo sera amené à présenter les résultats de son équipe. Il le fera pour tous les Belges, y compris bien sûr les Flamands. Mon ambition à moi, c’est de défendre les thèses qui sont importantes pour les démocrates-chrétiens en Flandre. C’est ça mon ambition. Et, bien sûr, participer à cet effort solidaire de l’équipe Elio Di Rupo.
-BH : Vous voilà donc numéro 2. On a dit, à un moment donné, que vous vouliez quitter la politique. On s’est trompé à ce moment-là ou vous avez changé d’avis ?
-SV : J’ai changé d’avis. Je reconnais que, à un moment donné, regardant la situation, je me suis dit que, avec la défaite que notre parti avait connu l’été 2010, qu’il était logique que d’autres prennent la relève. Et donc, il est clair que, à un moment donné, un certain nombre d’amis et un certain nombre de gens autour de moi m’ont convaincu de quand même rester en politique belge. Je vais vous dire quand même, en toute clarté, que j’ai tourné la page et que, si aujourd’hui je suis ici en tant que vice-Premier ministre et en tant que ministre des Finances, c’est avec une ambition de le faire à part entière et pleinement.
