Déjeuner Ambassadeurs Union Européenne - mardi 26 janvier 2010

26-01-2010

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Chers Amis,

Je suis ravi de pouvoir partager avec vous quelques réflexions sur l’état de l’Europe et les défis diplomatiques qui nous attendent. Comme vous l’aurez certainement déjà entendu, je suis un homme particulièrement heureux depuis que j’assume la fonction de Ministre des Affaires Etrangères.

Je voulais concentrer notre discussion sur l’Europe après la mise en œuvre du Traité de Lisbonne et le rôle de l’Europe dans le monde et sur les grands thèmes qui se déroulent sur la scène européenne.

Nous devons ensemble mettre une nouvelle architecture en place. Elle est conçue pour assurer une plus grande cohérence, et surtout accroître la capacité d’action de l’Union Européenne. La tâche est immense, mais en ce qui me concerne, la doctrine est simple. Vous connaissez bien sûr l’esprit des propositions que le BENELUX présenta dans son mémorandum.

On y plaidait pour une « philosophie de rupture », un saut qualitatif, sans tergiversations, permettant tant au Président Permanent du Conseil Européen, qu’au Haut Représentant d’assumer immédiatement la représentation externe de l’Union Européenne, et disposant pour ce faire des structures adéquates, en premier lieu le Service Européen d’Action Extérieure.

Dans cette période de transition, la présidence tournante est avant tout une fonction  d’appui dans le domaine de la politique extérieure de l’Union. Nous mettrons notre corps diplomatique Belge à la disposition du Haut Representant, que ce soit pour la présidence des groupes de Travail au sein du Conseil, ou pour représenter l’Union là où – hors Europe – elle ne disposerait pas encore de Délégations.
C’est aussi simple que cela. Cela ne veut bien sûr pas dire que je n’aurai pas de position sur tel ou tel thème de politique extérieure. Mais je ferai alors valoir les opinions de mon pays comme celles d’un des 27 membres du Conseil.

J’ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs fois Cathy Ashton, et c’était le message-clé que j’avais à lui passer. Un message-clé d’un futur facilitateur.

Ceci étant, maintenant qu’on met en place de nouvelles institutions,  il est urgent de renouer avec le travail de substance et de répondre aux grandes questions stratégiques auxquels l’Union fait face. Je crains que le point de départ est bien un constat de recul d’influence européenne et le besoin impératif de nous ressaisir.

Le Sommet de Copenhague nous laisse un sentiment amer. L’Europe pionnière fut laissée à la traîne par une manœuvre singulière réunissant les Etats-Unis et les pays émergeants comme la Chine, l’Inde et le Brésil.
Au sein du FMI, nous sommes invités à céder quelques places au sein du Conseil Exécutif au bénéfice de la Chine et de l’Inde. Nous sommes placés  devant le choix impossible entre une future représentation extérieure européenne au FMI ou la Banque Mondiale – pour l’heure difficilement concevable selon certains – et une exclusion de certains pays membres de l’Union. Ce dilemme risque de nous paralyser ou, pire encore, de nous diviser et de nous affaiblir de manière durable.

Le G20 a acquis un rôle utile dans la future gouvernance mondiale. Cependant, si l’Union Européenne ne s’y intègre pas avec une approche commune, elle risque là  également la marginalisation.
Le spectre du G2, une improbable alliance entre la Chine et les Etats-Unis, souligne bien les incertitudes qui règnent au sujet de la santé de notre indispensable alliance avec nos cousins d’Amérique. Le blocage qui empêche la conclusion du Cycle de Doha est un autre défi du genre.

Malgré une croissance formidable des efforts européens en matière de gestion de crise, depuis le lancement de la Défense Européenne, notre part du « burden sharing » dans les opérations conjointes avec nos amis Américains, que ce soit au sein de l’Alliance Atlantique ou par les opérations autonomes de l’Union, reste un point critique.

La deuxième vague de globalisation, et le défi du recul de notre influence, risque donc bien de remettre en cause cette assertion souvent avancée, et qui est au cœur de la Stratégie Européenne de Sécurité, et selon laquelle l’Union dispose d’un atout unique au monde : une palette de moyens civils et militaires, le potentiel d’une approche intégrée, la force unique d’une combinaison de « Hard » et  « Soft Power », le soi-disant « Smart Power » que d’autres nous envient.

Car, si tous ces atouts sont bien là, ils n’ont pas dégagé leur potentiel et ne le feront pas à l’avenir non plus si l’Union et ses Etats-Membres ne changent pas de stratégie et d’attitude. Nous ne pouvons plus avancer en ordre dispersé. Afin de renouer avec la réflexion stratégique, mais surtout de la faire porter fruit, je crois avant tout indispensable que nous travaillions dorénavant ensemble, sur base d’impulsion collective venant des Cinq nouveaux Grands de l’Union Européenne.
J’entends bien par là : le Président Permanent du Conseil Européen, le Président de la Commission, la présidence tournante, le Haut Représentant, et le Président du Parlement Européen.

Mais je ne m’attarderai pas davantage sur les questions institutionnelles. Faire face aux défis internationaux, que je venais d’évoquer, demande à la fois de mieux nous organiser sur les thèmes principaux qui se dessinent sur la scène européenne.

Je pense en premier lieu bien sûr à la crise économique. Nous devons nous accorder sur le retrait ordonné et donc coordonné  des mesures de relance et, surtout, sur la sortie de la nouvelle spirale de dette que nous venons d’enclencher, en accélérant le retour aux principes du Pacte de Stabilité.

Le retour à la croissance durable et suffisante pouvant, comme le dit le Président Van Rompuy, assurer la survie du modèle européen est la question-clé du moment. Le Président Van Rompuy convoque un premier Conseil Européen informel à ce sujet, le 11 février.
La présidence espagnole entame la réflexion sur la nouvelle stratégie UE 2020, qui fera suite à la Stratégie de Lisbonne. J’ose dire que la substance compte, autant que la méthode. La « coordination ouverte » de la Stratégie de Lisbonne n’a pas porté fruit, nous devons l’avouer.
On peut à nouveau promettre, comme on le fit déjà il y 10 ans, de créer l’économie la plus performante au monde. Mais rédiger un deuxième catalogue de bonnes intentions n’a plus de sens. Evitons bien sûr le débat institutionnel, mais reconnaissons toutefois que la méthode compte autant que la substance, et que donc, parlant méthode, on devra parler d’une implication plus forte des institutions, à commencer par la Commission.
Je vous renvoie pour le reste au non-papier de la Belgique, que nous venons de soumettre aux instances européennes. 

Ensuite, bien sûr, nous devrons rapidement décider du mode opératoire dans le domaine du Climat : nous devons nous ressaisir après le Sommet de Copenhague et voir quelle sera maintenant l’approche européenne et la tactique de négociation.

Mais nous devons également accélérer la transition de nos économies vers les technologies propres. L’UE s’était fixée un agenda très ambitieux.
Pour 2020, outre la réduction de l’émission de CO2, nous nous sommes également engagés à réaliser 20 % de notre énergie sur base de technologie renouvelable. Pour l’instant c’est l’Europe qui fournit des éoliennes aux Etats-Unis. Nous disposons donc, par-ci par-là d’une avance technologique.

Mais l’Amérique est très dynamique. Dans le solaire, nous sommes sans doute en retard. Quant à la Chine, son attitude à Copenhague était sans doute décevante. Mais n’ayons aucune illusion : d’ici quelques années, les superficies des parcs solaires ou éoliennes en Chine vont amplement dépasser les nôtres. Ici également je reviens à la question de la Méthode.

Comment éviter qu’en 2020 on arrivera au même constat au sujet des ambitions climatiques 20/20/20 que celui qu’on vient de dresser au sujet de la Stratégie de Lisbonne. Comment éviter que tout cela se limite à nouveau à un « catalogue de Bonnes Intentions » sans mise en œuvre ?

And now maybe a few words on enlargement, another theme that will keep us busy, during the Spanish Presidency as well as Belgium’s presidency in the second Semester.

Our views on enlargement are well known : “pacta sunt servanda” but also standard conditions for membership have to be met. We are now further advancing in the so-called “Thessaloniki Agenda” aiming at bringing closer, and indeed, integrating the Balkan countries. Recent experiences have shown that membership negotiations have a stabilizing effect on Governments concerned. They are the strongest engine for reform and modernization.
At the same time, offering too many incentives, and  implicitly weakening pre-fixed conditions, may also have a perverse effect. Candidates must clearly know that they have to meet conditions before, and not after they enter the Union. This, in order to prepare for a smooth transition to assume duties and obligations of full membership.

Enlargement aims at unifying Europe. We prepare candidates for membership. But granting membership is no substitute for Foreign Policy.

Does the Lisbon Treaty change anything regarding enlargement, will it be easier, will the treaty accelerate the process ? On all these questions the likely answer seems to be no : national parliaments will receive, together with the European Parliament, letters from applying countries.
In the specific case of the German Bundestag, due to the recent judgment of the Constitutional Court in Karlsruhe, the Bundestag will have to formulate an opinion. Is there more reason now to go faster or further with the new Treaty ? Objectively no, it seems. So we have to run along the ongoing process and guarantee its smooth proceeding.

On our side we have to think of course, with our Spanish and Hungarian Friends, in terms of a longer process covering the period of the Trio presidency. We will, during the Belgian presidency, of course run the process as an “honest broker”, taking due care of the stabilizing factor for aspiring countries as well as their own merits in reform and reaching conditions.

If I may, I would like to switch to some other points on the foreign front.

First the tragedy in Haïti. Most of our countries have reacted speedily. Member States sent the best of their Search and Rescue Teams. Humanitarian Relief was delivered through various channels. Having the prime responsibility for coordinating humanitarian aid, the United nations has been inflicted heavy losses among its staff.
The US have deployed  impressive military means and is de facto assuming the bulk of lift, engineering and restoring public order. This is not the time for acrimony : we all intend to help the People of Haïti.
All of us are moved by deep human feelings of sorrow and solidarity. We have to put our energies on the right place.

Shock and sympathy trigger immediate efforts. But often energy and efforts recede afterwards, when recovery and reconstruction strategies have to follow.
I think it is key that the Union remains upfront also for the morning after. President Sarkozy called already for an international conference on Haïti. I think the EU has to frontload efforts and reflexion, right away. We need to think for the medium and long term.

I also would plead for a critical assessment, when appropriate, of our own efforts. Indeed, we rushed in with humanitarian aid and Search and Rescue assistance. For sure, coordination could have run better.
Then, the UN called for EU police units, engineering and lift capabilities of both civilian and military nature. As it stands, our reply is suddenly less resolute. This is no criticism. We all face the same problems of overstretch or budgetary limits.
But why do we always have to come to the same conclusions, after each disaster ? We know this is a recurrent weakness, since the tragic earthquakes in Turkey in 1999, following tragedies in Morocco and Iran, Pakistan and the Tsunami that led also to the loss of numerous lives of European fellow citizens ?
Was Belgium too ambitious in 2003 when calling, with the idea of an EU-FAST for integrated mechanisms for speedy projection of humanitarian aid, civilian and military means for Search and Rescue ?
I don’t know, but the magnitude of catastrophes seems ever on the rise. We therefore think, indeed, that we should seriously think how to act better together for the sake of the people outside and inside Europe.

Thank you very much indeed, for your kind attention.

Mon équipe est à tout moment  à votre disposition pour vous aider, ou vous répondre à d’autres questions, si elles devaient  présentent à d’autres moments.
Merci.

Seul le texte prononcé fait foi - Only spoken word prevails

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